Artisanat Mag 13 - page 5

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L’Artisanat & l’économie
africains, c’est-à-dire qu’elle rejoindra les montagnes de
matériel dont on ne sait toujours pas comment on pourra se
débarrasser. Dans cet exemple, pas de place pour l’artisan.
Ni pour la fabriquer, ni pour la réparer. Il illustre juste qu’au-delà
de la proximité existe une nébuleuse économique qui est
sensée apporter de la valeur, mais à l’insu d’un secteur entier :
celui de l’artisanat.
C’est donc du côté de valeurs traditionnelles qu’il faudra
rechercher nos liens avec l’artisan.
La proximité
Principal argument du développement durable, la proximité
s’inscrit également dans la logique de nos aptitudes
relationnelles : celle de pouvoir communiquer « en direct ».
Elle ne sera jamais éloignée de la confiance, de l’intérêt, de
la connaissance, de la réputation et de la spécificité. Pour
l’artisan, cette proximité est ce qui l’aide à définir les
potentialités de son activité. Occasion, pour nous, clients, de
créer les liens autant qu’il nous est possible de le faire. « Mon
petit boulanger » ou « mon petit boucher » sont des locutions
qui illustrent ces relations que nous sommes capables d’établir
sans calcul économique, simplement par partage d’un espace
de vie qui peut être le bourg, le quartier ou le centre-ville et
même sa recomposition sous la forme de galeries commerciales.
Besoin d’ancrage, d’identité ? Tiraillés entre l’anonymat des
étiquettes lointaines et la standardisation industrielle, nous
avons besoin de nous créer des références liées à notre histoire
de vie. Nous voulons que notre action de consommer retrouve
le sens de l’échange. La proximité de l’artisan nous rassure
autant qu’elle satisfait à cette quête identitaire : celle que
nous construisons et que nous revendiquons vis à vis des
autres. Le tapissier-décorateur qui a refait le canapé familial,
le peintre qui travaille si proprement qu’on le recommandera
sans retenue, le plombier qui est revenu spontanément faire
le réglage de la chaudière, le boulanger dont le pain est l’un
des meilleurs de la région : ces gens-là sont ceux sur lesquels
nous pouvons compter pour donner un sens à notre avenir.
Ils constituent l’ilot de survie dans l’océan de la surconsommation,
de la standardisation et trop souvent des fantasmes des
gourous du marketing.
De trimestre en trimestre, les statistiques relatent des résultats
parfois disparates, témoignant de la difficulté, pour un secteur
aussi vaste que celui de l’artisanat, d’afficher de vrais signes.
Les plans sociaux traduisent l’explosion d’unités importantes
dépendant de grands groupes financiers et industriels. La
petite entreprise qui cesse son activité faute d’avoir trouvé
un repreneur ou encore celle qui se trouve mise en difficulté
par une caisse de retraite arc-boutée sur sa logique
administrative ne font pas la une de l’actualité. Alors, la
perception que nous avons se trouve dans la proximité que
nous entretenons avec ces métiers de notre quotidien. De
plus, nous avons pleinement conscience de pouvoir rester
acteurs de la santé de ce tissu d’entreprises qui maillent le
territoire de nos vies personnelles et professionnelles. Le
sommes nous vraiment ? Où se trouve le point de rencontre
entre la pertinence de l’offre artisanale et notre réelle volonté
d’y faire appel ?
Des questions à se poser
L’évolution du secteur artisanal est fortement liée à notre cadre
de vie et à nos habitudes « culturelles » de consommation,
trop questionnées par l’agressivité des propositions de la
grande distribution. Inexorablement, nous nous sommes laissés
entraîner dans la standardisation et dans la séduction des
arguments publicitaires. Nous percevons clairement la
schizophrénie de notre société, habile à passer du « plus
consommer » au « moins jeter ». D’un côté on fait miroiter
le bonheur à petit prix, de l’autre, on explique qu’il faudra
payer très cher pour éliminer ce qu’on a acheté. L’éphémère
coûte de moins en moins cher : il existe pour être acheté.
Ensuite il faudra payer très cher pour le conserver, tout en
sachant que, de toute façon, on ne pourra pas le conserver.
Et, ne le conservant pas, il faudra également payer pour le
détruire. L’imprimante coûte à peine moins cher que les
cartouches dont elle est équipée et sa durée de vie est
programmée pour ne pas dépasser un certain seuil d’utilisation.
Ensuite, elle ira « réduire la fracture numérique » des pays
Tandis que la relance de la croissance reste
hypothétique, pendant que les conséquences
de la crise affectent progressivement toutes
les couches de la société, l’artisanat (comme
toujours) devient la référence pour beaucoup
de Français.
Nous, les clients des artisans
De nouveaux enjeux
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