Artisanat Mag 13 - page 8

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L’Artisanat & les femmes
de conjoint collaborateur qui reconnaît officiellement le rôle
du conjoint dans les statuts de l’entreprise, comme dans son
fonctionnement. D’un côté, une affiliation avec une cotisation
vieillesse (base et complémentaire) et l’invalidité-décès et, de
l’autre, une couverture sociale maladie et maternité.
D’autres statuts existent, comme le conjoint salarié ou le
conjoint associé.
Dans ces trois cas de figure, la reconnaissance du travail de
l’épouse du chef d’entreprise tend vers une représentation
sociale plus conforme à la réalité, avec des modalités
d’évolution aussi attractives pour la personne elle-même que
pour l’entreprise à laquelle elle collabore.
Recruter des femmes sur les métiers traditionnellement
masculins.
Évolution des pensées ? Sans doute ! Les habitudes culturelles
font qu’on s’attend à rencontrer un plombier homme et une
institutrice en maternelle femme. Tout comme les médecins
furent majoritairement des hommes avant que ne se féminise
cette profession. La justification de certains métiers artisanaux
masculins par la pénibilité des tâches s’est totalement estompée
avec les progrès réalisés en la matière : utilisation de matériel
technologique, amélioration des conditions d’hygiène,
avancées sur l’ergonomie des gestes professionnels.
Ce qui fut élégamment dénommé la féminisation des métiers
masculins ne fait que traduire l’opportunité, pour le secteur
de l’artisanat, de pallier ses difficultés de recrutement
« traditionnel » pour s’adapter à l’indispensable évolution
économique. Il reste encore à admettre que le travail produit
par les femmes mérite un salaire équivalent au même travail
fourni par l’homme « traditionnel ». Mais ça, c’est une portion
de modernité qui tarde à voir le jour…
C’est vraisemblablement parce que l’artisanat recoupe un
grand nombre de métiers et d’activités qu’il est possible de
noter la place occupée par les femmes dans l’ensemble de
ce secteur économique. Ne serait-ce que par l’exercice de
certains métiers, exclusivement féminins...
À y regarder de plus près.
Mais, en poursuivant l’observation des entreprises artisanales,
on peut constater que, même dans des entreprises construites
sur des métiers masculins, le rôle de la femme a toujours été
prépondérant. Des sondages montrent que les femmes, par
exemple, auraient moins envie de créer leur entreprise que
les hommes. Prend-on en compte, dans l’énoncé d’un tel
constat, le nombre important d’entreprises dites masculines
dans lesquelles les femmes ont joué un rôle considérable, soit
parce qu’elles étaient mère ou épouse et encourageaient les
projets de leurs fils ou époux, soit parce qu’elles étaient partie
prenante, mais discrète, de la création de ces entreprises ?
Et là se situe le paradoxe : impossible de nier le rôle joué par
les femmes, et difficile de rétablir une notion d’équité fondée
sur des critères objectifs. Comment et pourquoi, en effet,
valoriser le rôle joué par la mère, l’épouse, la compagne ou
même la sœur dans la création et le développement de
l’entreprise artisanale ? Les organisations professionnelles et
syndicales ont entrepris de nombreuses actions dans ce
domaine, avec deux larges objectifs.
Reconnaître le travail « dissimulé ».
Bien sûr, il n’y a rien de frauduleux dans cette approche. Notre
abus de langage ne fera que lever le voile sur le travail fourni
par ce qu’une terminologie plus aboutie appellera la « conjointe
collaboratrice ». Travail sans lequel l’entreprise artisanale n’aurait
pas pu naître, exister ni se développer. Fallait-il accepter que
toute cette part de travail ne soit jamais reconnue ni valorisée,
au point qu’une femme était capable de consacrer une vie
entière à travailler dans l’ombre de son mari sans être capable
de partager les avantages tirés de son activité ? Les Chambres
de métiers et de l’artisanat et les organisations professionnelles
et patronales ont consacré des années à construire ce statut
La diversité et la réalité du secteur de
l’artisanat font que la présence féminine
devient presque une évidence, même si
la quête égalitaire poursuit son chemin, à
juste titre. Paradoxe ?
Artisanat
La femme est l’avenir de l’homme
L’artisanat au féminin et en
chiffres.
Actuellement, deux artisans sur dix sont des femmes.
Par ailleurs, 55 % de ces femmes ont moins de 44 ans,
ce qui représente pour le secteur artisanal une réelle
richesse. Chez les jeunes artisans, les femmes représentent
jusqu’à un tiers de l’effectif. Elles sont toujours plus
nombreuses dans les services et les activités du textile,
cuir et habillement, dont elles dominent le secteur, que
dans les autres secteurs. C’est le domaine l’installation
électrique qui semble le moins attractif, alors que la
blanchisserie, teinturerie, et les soins de la personne
sont très majoritairement féminisés.
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