Artisanat Mag 72 - page 8

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L’ARTISANAT & L’ÉCONOMIE
Être artisan aujourd’hui
Choix ou pari ?
dispositions pour passer à l’action de manière solide et efficace.
La démarche de celui qui passe à l’action sans avoir fait ce
choix reste fragile, et le risque d’échec est important. Le postulat
de départ va ainsi déterminer en grande partie la pérennité des
engagements, dans un dispositif complexe liant jeune,
entreprise d’accueil et centre de formation.
Il y aurait certainement avantage à valoriser le choix d’un
métier par ses conditions d’exercice objectives, par l’ouverture
qu’il procure sur des évolutions personnelles et sur la capacité
de résilience à laquelle il conduit. Il en va de l’image des
métiers qui est souvent du ressort des entreprises elles-mêmes.
Certaines réalisent d’importants efforts pour veiller à l’expression
de valeurs portées par les professionnels à l’extérieur, dans
leur tenue vestimentaire, par exemple, ou encore par un
comportement respectueux des clients.
Un pari sur l’avenir ?
S’engager dans un métier artisanal comprend forcément des
risques : ne pas trouver ses clients, ne pas maîtriser sa gestion,
rencontrer des difficultés personnelles telles qu’elles peuvent
déstabiliser une activité. Mais quel secteur d’activité n’est pas
soumis à ces aléas ?
Par nature, le métier d’artisan est porteur d’avenir car il inclut,
dans sa formation comme dans sa pratique (veille
professionnelle), les conditions de son actualisation. De plus,
l’organisation des métiers de l’artisanat, par l’intermédiaire
des Chambres de métiers et de l’artisanat, est une ressource
précieuse pour soutenir et encourager l’initiative individuelle.
Rien ne garantit rien, mais peu de métiers réunissent autant
de conditions pour traverser des épreuves parfois imprévisibles.
Toutefois, un risque majeur se fait jour dans les propositions
issues d’une loi dite « Sapin 2 » qui suggère une réforme des
qualifications, et plus particulièrement un projet Nouvelles
opportunités économiques (Noé). Quel sera l’impact de cette
mesure destinée à faciliter la création et le développement
d’activités et d’emplois par les travailleurs indépendants ?
Sous prétexte de modernisation, la boule lancée peut faire
tomber des quilles mais il est difficile de deviner lesquelles
resteront debout
.
Issus de la tradition, les métiers de l’artisanat se sont adaptés
à l’évolution de la société, épousant les méandres des modes
et des habitudes, intégrant les progrès technologiques,
contribuant à des projets beaucoup plus vastes que la portée
de leur production, et anticipant sans cesse les progrès
scientifiques. En ce sens, on serait en droit d’imaginer que,
tout naturellement, ils sont de nature à attirer de nombreux
candidats.
Pourtant, la réalité est éloignée d’un tableau idyllique où
chaque talent serait repéré et canalisé vers des solutions
d’avenir fiables.
Une image perturbée
S’il n’en est pas ainsi, c’est que le décalage est parfois grand
entre l’idée qu’on peut se faire d’un métier et la façon dont
il est vécu. D’ailleurs, comment naît l’idée de vouloir exercer
un métier artisanal ? Ne dit-on pas, très péjorativement, un
« métier manuel », comme s’il n’était pas nécessaire d’utiliser
autre chose que ses mains pour travailler ? Qu’un jeune
s’intéresse à un métier artisanal et une équipe bien
intentionnée ne manquera pas de se former autour de lui
pour s’assurer qu’il n’aurait pas pu faire autre chose. « Vous
êtes certain qu’il ne peut pas poursuivre ses études ? » Révolue
cette époque ? Nous aimerions en être certains… Surtout
lorsque la question est posée par des enseignants pour leurs
propres enfants.
Les propos « officiels » sont pourtant toujours élaborés dans
le sens de la valorisation, même si certaines descriptions
portent encore les stigmates d’une époque, elle, révolue.
Simplement parce que les conditions d’exercice sont marquées
par d’importants gains contre la pénibilité des tâches. Ne lit-
on pas, çà et là, « qu’il faut se lever tôt », qu’il y a « des stations
debout prolongées » ou qu’il faut parfois travailler « le week-end
et les jours fériés » ? Ces précautions sont-elles prises avec les
métiers de la santé par exemple ? Ne serait-il pas plus judicieux
de parler des métiers par leur caractère de motivation et
d’adhésion ? Hormis les critères bien particuliers d’allergies à
l’utilisation de certains produits, pourquoi insister sur des
points qui se retrouvent dans la description de nombreux
autres métiers ?
Le jeune qui réalise un vrai choix est dans les meilleures
Tant que la question peut se poser, il reste encore de l’espoir ! Mais le contexte reste
bien incertain pour donner envie à des femmes et des hommes qui voudraient voir dans
l’artisanat des perspectives rassurantes.
Photo :Artisanat Mag ©
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