Artisanat Mag 85 - page 10

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L’ARTISANAT & LES FEMMES
L’artisanat et les femmes
Artisans et fières de l’être
suit-elle le courant ascendant féminin ? Pour autant la boulangère
qui fabrique le pain, ne risque-t-elle pas de rester assimilée à
la femme du boulanger ? Charpentière-menuisière, maçonne,
carreleuse, … entre euphonie (le terme féminisé sonne mal)
et homonymie (confusion possible avec des machines), force
est de constater que la féminisation de leur activité en entraîne
la dévalorisation, et paradoxalement, leur font perdre prestige
et autorité. Alors artisans ou artisanes, le débat se trouve ailleurs,
dans l’incarnation même de leur talent et d’une volonté à
toute épreuve pour assumer leurs choix professionnels et faire
évoluer les mentalités.
”On ne m’a pas fait de cadeau ; ni mon entourage, ni les banques,
ni les collègues…”. A la tête d’une entreprise d’électricité,
Véronique s’est accrochée et rejoint le nombre grandissant
de dirigeantes d’entreprises artisanales. De plus en plus jeunes,
55 % d’entre elles ont moins de 44 ans. De son côté, Carole, très
sollicitée pour son expérience de carreleur, à la fois par sa clientèle
et par des jeunes filles en quête d’orientation professionnelle,
a délaissé l’université et trouvé sa voie. Ancienne maquettiste
publicitaire devenue peintre en bâtiment, Marie-Cécile se
réjouit clairement de son libre arbitre et de son indépendance.
Même « s’il faut en faire deux fois plus pour être reconnues »,
qu’il s’agisse de reconversion, de reprise d’établissement ou
de création, leurs témoignages attestent d’une réelle volonté
de maîtriser son propre emploi.
Staffeur, tapissière, prothésiste dentaire, pâtissière, … les femmes
n'hésitent plus à se lancer dans le bâtiment, la mécanique,
la peinture … et avancent avec conviction. Face aux progrès
techniques et à l’allègement de la pénibilité des tâches, les
barrières tombent peu à peu. Très impliqués dans l’évolution
des processus de perception entre métiers masculins et féminins,
les dispositifs METFEM en régions accompagnent les démarches
de chacune (apprentissage, création d’entreprise, aides…) et
favorisent leur insertion, particulièrement vers les fonctions
non féminisées de l’artisanat.
S’intéresser à leur pluralité et à leurs préoccupations, valoriser
l’exemplarité et le dialogue, tel semble l’enjeu d’un avenir
dépassant les clivages, où seul vaut le désir de s’épanouir.
.
Loin des stéréotypes, elles prennent peu à peu leur place dans
le monde traditionnellement masculin de l’Artisanat et conjuguent
au féminin des compétences à la force du poignet. Attachées
à la qualité du travail, conjointes collaboratrices (reconnues
depuis la loi de 2006, leur donnant droit à un statut à part
entière), dirigeantes ou salariées, les femmes encouragent les
idées neuves tout en sachant se couler dans le moule de la première
entreprise de France. Sensibles, rigoureuses et pragmatiques,
elles s’épanouissent dans un quotidien responsable entre
satisfactions et difficultés. Question d’individu et non de sexe,
ces métiers dits d’hommes leur réservent une place de plus
en plus grande, même si certains secteurs les accueillent
davantage que d’autres. La parité homme-femme, atteinte
dans les métiers du textile et de l’habillement, se réduit dans
le secteur des réparations, du transport et autres services.
Signe prometteur, la CAPEB annonce une augmentation de
48 % de l’effectif salarié féminin du bâtiment entre 1993 et 2008,
dont 68 % dans les entreprises de moins de 20 salariés et 21 %
dans les entreprises de 20 salariés et plus. Notons que 96 %
des femmes salariées de l’artisanat du bâtiment appartiennent
au tertiaire et que 5 % des entreprises créées par des femmes
le sont dans le secteur de la construction ; en dix ans, le nombre
d’apprenties a également été multiplié par près de quatre.
Au-delà de la nécessité de répondre aux besoins en main-
d’œuvre sur le marché du travail et à l’évolution de la pyramide
des âges - dans les dix ans à venir, 33 % des chefs d'entreprise
et 15 % des personnels salariés devront être remplacés - la
diversité des compétences et des qualifications des femmes
représente un atout majeur dans le milieu de l’Artisanat, la
preuve indéniable de l’importance conjointe des connaissances,
du savoir-faire et du savoir-être dans la pratique de son art.
Entre la sémantique et la réalité
En 1998, le Premier ministre de l’époque, Lionel JOSPIN,
publiait une circulaire demandant de “recourir aux appellations
féminines pour les noms de métier, de fonction, de grade ou
de titre, dès lors qu’il s’agit de termes dont le féminin est
d’usage courant”. L’année suivante, paraissait un guide très
utile d’aide à la féminisation des noms de métiers. Qu’en est-il
aujourd’hui dans les métiers de l’artisanat ? Leur dénomination
Passionnées, déterminées sans être féministes, elles revendiquent en toute légitimité
la reconnaissance de leur valeur… et se construisent un avenir artisan, en plein accord
avec leur personnalité et leur époque.
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